Au-delà du DUERP : construire une vraie culture prévention.

Votre DUERP est à jour, et pourtant, les accidents arrivent encore.

C'est la question qui dérange. Elle repose sur deux illusions tenaces : croire qu'un document unique à jour suffit à protéger les salariés, et croire que les accidents s'expliquent par l'erreur humaine. Les dépasser, c'est entrer dans une véritable culture prévention : une dynamique partagée, qui se mesure, se pilote et s'incarne au plus haut niveau de l'entreprise.

Première illusion : « Notre DUERP est à jour, c'est bon »

L'employeur a une obligation de sécurité envers ses salariés (article L.4121-1 du Code du travail), et le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP) est obligatoire depuis 2001. Une fois le DUERP à jour, la case est cochée et le risque juridique semble couvert. Mais c'est illusoire : le DUERP n'est pas une fin en soi.

Un DUERP bien fait, c'est déjà une obligation légale remplie, un début de protection juridique pour l'employeur et une photographie des situations de travail à un instant T. Mais ça ne suffit pas, et ça ne protège pas les salariés.

Pour nous, les IPRP, un DUERP efficace est surtout :

  • un point de départ ;

  • un outil de pilotage au quotidien pour tous les acteurs internes ;

  • un moyen d'objectiver les décisions et d'arbitrer.

C'est un support pour poser le sujet de la santé au travail, dialoguer à tous les niveaux et parler du travail réel avec ceux qui le font.

Seconde illusion : « Les accidents sont causés par des erreurs humaines »

L'évaluation des risques conduit l'entreprise à mettre en place des barrières de protection entre le danger et le travailleur. Elles sont de trois natures :

  • organisationnelles : organisation du travail, procédures, planification ;

  • techniques : équipements, protections collectives, dispositifs de sécurité ;

  • humaines : information, formation, compétences.

Le travailleur est protégé si ces barrières sont adéquates et effectives, et tant qu'elles sont maintenues en bon état.

Le modèle de James Reason

Aucune barrière n'est parfaite. Le modèle de James Reason, souvent appelé « modèle du fromage suisse », représente chaque barrière comme une tranche percée de trous : chaque trou est une défaillance, due à une barrière mal entretenue ou non identifiée. Prise isolément, une défaillance ne suffit pas à provoquer l'accident. Mais quand les défaillances s'alignent, la trajectoire de l'accident traverse toutes les barrières, et l'accident survient.

Le modèle de James Reason : quand les défaillances s'alignent, l'accident survient.
Le modèle de James Reason : quand les défaillances s'alignent, l'accident survient.

Le modèle de James Reason : quand les défaillances s'alignent, l'accident survient.

Ce n'est pas la faute du dernier maillon. C'est le système qui a failli.

James Reason n'était pas un préventeur, mais un psychologue. Dans les années 1990, il change notre regard : l'accident n'est plus un échec individuel, mais le produit d'un système, des barrières qui se sont mal alignées.

→ Après un événement, la question utile n'est donc pas « qui ? », mais « quelles barrières ont cédé, et pourquoi ? ».

La culture prévention : voir les trous dans la raquette

C'est ici que le DUERP retrouve tout son sens. L'évaluation des risques permet d'identifier les barrières, de critiquer leur pertinence, de les améliorer et de planifier leur surveillance. La culture prévention, elle, est ce qui fait vivre ces barrières dans la durée :

  • ce qui empêche les trous de se former ;

  • ce qui permet de les détecter avant qu'ils ne grossissent ou ne s'alignent.

Une entreprise a une culture prévention quand elle est capable de voir qu'il y a des trous dans la raquette, avant l'accident.

Compter les accidents ne suffit donc pas : ils ne révèlent les trous qu'une fois alignés. Pour savoir si les barrières tiennent vraiment, il faut d'autres repères.

Comment savoir où vous en êtes vraiment ?

Une culture prévention ne se décrète pas, elle s'objective. Un tableau de bord en quatre dimensions permet de mesurer où en est l'entreprise, au-delà du seul respect des obligations.

D imension Questions-clés Exemples d'indicateurs
Ma nagement La sécurité est-elle un sujet récurrent en réunion ? Le management arbitre-t-il en sa faveur ? Va-t-il observer les situations de travail réelles sur le terrain ?
  • Nombre de réunions abordant la sécurité à l'ordre du jour

  • Nombre d'arbitrages pris en faveur de la sécurité

  • Nombre de visites terrain réalisées par l'encadrement

Salariés Les salariés remontent-ils les situations à risque ? Participent-ils aux démarches de prévention ? Osent-ils refuser une situation dangereuse sans craindre de sanction ?
  • Nombre de remontées terrain

  • Nombre de presqu'accidents signalés

  • Taux de participation aux démarches de prévention

  • Nombre de refus de situation dangereuse sans sanction

Orga nisation Le plan d'actions est-il suivi et réalisé ? Le DUERP est-il révisé au-delà de la seule obligation légale ? Le délai entre une remontée et une réponse est-il court ?
  • Taux de réalisation du plan d'actions

  • Délai moyen entre une remontée et une réponse

  • Nombre de révisions du DUERP au-delà du minimum légal

  • Nombre d'actions engagées suite aux remontées

Pe rception La culture prévention se ressent. Les salariés estiment-ils que leur sécurité compte vraiment pour l'entreprise ?
  • Taux d'adhésion à « ma sécurité compte vraiment pour mon entreprise », mesuré via une enquête interne anonyme

Comment construire le vôtre

  1. Choisissez 2 à 3 indicateurs par dimension, adaptés à votre taille et à votre secteur.

  2. Mêlez quantitatif (chiffres, taux) et qualitatif : la perception compte autant que les résultats bruts.

  3. Révisez ce tableau de bord à intervalle régulier, par exemple chaque trimestre.

Se doter d'un tel tableau de bord change la nature de la conversation en interne : on ne parle plus seulement de conformité, mais de dynamique.

Qui porte la culture prévention ?

La culture prévention concerne tout le monde dans l'entreprise :

  • la direction et le CODIR ;

  • les managers de proximité et les responsables supports ;

  • les salariés, les représentants du personnel et les intérimaires.

L'affaire de tous, mais elle se décide et s'incarne au plus haut niveau de l'entreprise.

Où en êtes-vous ? L'échelle de maturité

La culture prévention progresse par étapes. L'échelle de maturité en distingue six, de la simple connaissance des règles jusqu'à la capacité à faire vivre la prévention autour de soi.

L'échelle de maturité de la culture prévention, du niveau « Informé » au niveau « Animateur ».
L'échelle de maturité de la culture prévention, du niveau « Informé » au niveau « Animateur ».

L'échelle de maturité de la culture prévention, du niveau « Informé » au niveau « Animateur ».

→ À quel niveau se situent aujourd'hui la majorité de vos équipes ? Et votre encadrement ?

Comment avancer ? Une feuille de route sur 12 mois

Faire progresser une culture prévention demande du temps et de la méthode. Une feuille de route en quatre étapes permet de structurer la démarche sur une année :

Étape Période Objectif
1 0 à 3 mois Construction d'une vision commune
2 3 à 6 mois Animations et visites terrain
3 6 à 9 mois Implication des équipes
4 9 à 12 mois Mesure et amélioration continue

Comment se lancer, et le rôle de l'IPRP

Si votre entreprise est déjà structurée en système de management, il suffit d'intégrer la culture prévention au plus haut niveau du leadership. Sinon, inspirez-vous des modèles ISO ou faites-vous accompagner pas à pas.

C'est précisément ce que font les IPRP. Pour nous, les IPRP, l'accompagnement d'une démarche de culture prévention repose sur :

  • des compétences techniques, organisationnelles et humaines ;

  • du savoir-faire et du savoir-faire-faire ;

  • une conviction durable : pas de prévention sans culture ;

  • des expériences à partager, tirées du terrain.

Et chez vous, par où allez-vous commencer ?

Cet article reprend la conférence “Au-delà du DUERP : construire une vraie culture prévention”, animée par Claire Ducrot et Sandrine Plançon, IPRP, au Festival de la Prévention le 3 juin 2026.

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