Prévention primaire : agir avant que ça casse
Les IPRP sont profondément orientés vers la prévention primaire : agir sur les causes, avant que le dommage ne survienne. On parle beaucoup de prévention.
Mais derrière ce mot, met-on toujours la même chose ?
Qu'est-ce que la prévention primaire ?
On distingue classiquement trois niveaux de prévention :
- La prévention primaire : ensemble des actions destinées à empêcher l'apparition d'une maladie, d'un accident ou d'un problème de santé en agissant sur ses causes ou ses facteurs de risque.
→ Comment éviter que le problème n'apparaisse ? EMPÊCHER - La prévention secondaire : ensemble des actions visant à détecter précocement un problème de santé ou une situation à risque afin d'intervenir rapidement et d'éviter son aggravation.
→ Comment détecter le problème le plus tôt possible ? REPÉRER LES SIGNAUX D'ALERTE ET AGIR - La prévention tertiaire : ensemble des actions destinées à limiter les conséquences d'une maladie, d'un accident ou d'un handicap déjà installé, afin de préserver la qualité de vie et l'autonomie.
→ Comment réduire les conséquences et favoriser le rétablissement ? RÉPARER ET ACCOMPAGNER
Ces trois niveaux sont complémentaires. Mais ils n'ont pas le même effet : plus on agit en amont (à la source ou à la racine), plus on évite que des personnes soient touchées.
C'est exactement la logique des neuf principes généraux de prévention (PGP), inscrits à l'article L. 4121-2 du Code du travail. L'employeur met en œuvre les mesures de prévention sur le fondement de ces principes (formulation résumée) :
- Éviter les risques.
- Évaluer les risques qui ne peuvent pas être évités.
- Combattre les risques à la source.
- Adapter le travail à l'humain : conception des postes, choix des équipements et des méthodes de travail et de production, limitation du travail monotone et cadencé.
- Tenir compte de l'état d'évolution de la technique.
- Remplacer ce qui est dangereux par ce qui ne l'est pas, ou l'est moins.
- Planifier la prévention en y intégrant, dans un ensemble cohérent, la technique, l'organisation du travail, les conditions de travail, les relations sociales et l'influence des facteurs ambiants, dont les risques de harcèlement moral, de harcèlement sexuel et d'agissements sexistes.
- Prendre des mesures de protection collective en leur donnant la priorité sur les mesures de protection individuelle.
- Donner les instructions appropriées aux travailleurs.
Pas de hiérarchie dans ces PGP, sauf pour les trois premiers, qui doivent être mis en œuvre en priorité, et le dernier, qui vient accompagner toutes les mesures de prévention.
Un exemple : la charge lourde
Un salarié doit manipuler régulièrement une charge lourde. La réponse spontanée consiste à le protéger : lui apprendre les bons gestes et postures, lui fournir des équipements adaptés (gants, chaussures, ...), organiser sa prise en charge lorsqu'il commence à avoir mal au dos.
La démarche de prévention primaire pose d'autres questions :
- Pourquoi doit-il porter cette charge ?
- Peut-on supprimer cette manutention ?
- Peut-on modifier le conditionnement ?
- Peut-on changer l'organisation du poste ?
- Peut-on utiliser une aide mécanique ?
- Peut-on réduire le poids manipulé ?
La première question ne devrait donc pas être : « Comment protéger le salarié ? » Mais plutôt :
« Comment éviter qu'il ait à porter cette charge, ou, à défaut, comment réduire son exposition ? »
Former, informer, sensibiliser : utiles, mais pas suffisants
Lorsqu'un problème survient au travail, les réponses arrivent souvent très vite : « Il faut refaire une formation. » « On va rappeler les consignes. » « Il faut sensibiliser les salariés. » « On va refaire l'affichage. »
Ces actions sont utiles, souvent indispensables. Mais elles n'ont ni le même objectif, ni la même fonction :
- Former, c'est permettre d'acquérir ou de développer les connaissances et les compétences pour réaliser une activité, adopter une pratique, utiliser un équipement, appliquer une procédure.
- Informer, c'est transmettre ce dont chacun a besoin pour comprendre : ce qui existe, ce qui change, ce qui est attendu, qui fait quoi, comment et pourquoi.
- Sensibiliser, c'est attirer l'attention sur un sujet ou un risque, par quelques messages essentiels, souvent dans un format court, pour favoriser la prise de conscience et donner envie d'agir.
Elles ne suppriment pas, à elles seules, les causes du problème. Derrière un comportement que l'on voudrait corriger, il y a parfois une situation de travail qu'il faudrait d'abord transformer : une charge de travail inadaptée, des délais intenables, des priorités floues, des interruptions permanentes, des injonctions contradictoires.
Si un accident survient, si les mêmes erreurs se répètent, si une situation dangereuse perdure, la première réponse ne devrait donc pas être automatiquement : « Il faut reformer les salariés. » Il faut d'abord comprendre ce qui, dans le travail, l'organisation, les équipements ou les moyens disponibles, a pu y contribuer, et sur quoi agir pour que la situation ne se reproduise pas (analyse des causes racines d'un événement) ou ne se produise pas (évaluation des risques).
Une fois les actions de prévention et de protection définies, former, informer et sensibiliser prennent toute leur place : expliquer où l'on va et pourquoi, préciser comment on procède et qui fait quoi, transmettre les nouvelles pratiques, développer les compétences, entretenir la vigilance dans le temps.
Former, informer et sensibiliser servent ainsi à accompagner l'action et à permettre sa mise en œuvre.
Concrètement, comment fait-on de la prévention primaire ?
La prévention primaire commence rarement derrière un bureau. Elle commence par comprendre comment le travail se fait réellement :
- observer les situations de travail ;
- écouter ceux qui réalisent le travail ;
- identifier les difficultés et les contraintes, mais aussi les ajustements mis en place au quotidien ;
- analyser les accidents, les presque-accidents et les signaux faibles ;
- évaluer les risques à partir de cette réalité ;
- chercher en priorité ce qui peut être supprimé, modifié ou organisé autrement.
Ensuite, on agit : sur un équipement, un produit ou un procédé, l'aménagement d'un poste, la charge ou l'organisation du travail, les moyens disponibles, la circulation de l'information, les priorités ou les délais. Il n'existe pas d'« action type » de prévention primaire : la bonne action est celle qui répond aux causes identifiées (potentielles ou réelles) dans une situation de travail donnée.
Ce que l'on vient de décrire, c'est la démarche d'évaluation des risques, transcrite dans le DUERP. Il prend tout son sens lorsqu'il devient un document utile pour comprendre les risques, les prioriser, décider où agir, construire les actions et vérifier qu'elles produisent les effets attendus. Voir notre article dédié au DUERP.
Agir avant que ça casse
La prévention primaire n'est pas une action ponctuelle. C'est une façon de regarder le travail et de se poser, encore et encore, la même question :
Que pouvons-nous changer ici pour éviter que le risque ne devienne un dommage ?
C'est le cœur du métier des IPRP : intervenir sur les dimensions techniques, organisationnelles et humaines des situations de travail, pour agir sur les causes plutôt que sur les seules conséquences.
